12/07/2005

Le (vik)king de la montagne

Gérardmer - Mulhouse (9 ème étape). Le suiveur féru de sobriquets se retrouve ce soir à Mulhouse en panne de surnom pour faire un portrait avantageux de Michael Rasmussen. Pourtant, en remportant à la manière forte des glorieux anciens l'étape menant à Mulhouse, le Danois n'a pas volé sa place dans les usages lexicaux en vigueur au Café des Sports. Mais l'album du Tour regorge de tant de noms d'emprunt que faire preuve d'originalité relève de la quadrature du cercle. Nous avons d'abord pensé nous inspirer du lyrisme superlatif sans lequel le cyclisme ne serait jamais devenu la petite reine. Mais en matière de lyrisme, d'autres étaient déjà passé avant nous. "L'aigle de Tolède" désigne désormais ad vitam l'ombrageux Federico Bahamontès, "le ouistiti des cimes" est comme un double éternel pour le bondissant Lucien Van Impe, Pantani sera pour toujours "le pirate de Cesenatico" et "l'ange de la montagne" reste l'appellation définitivement contrôlée de Charly Gaul. Puis nous avons pensé pouvoir affubler le scandinave d'un détail rappelant son métier ou son origine. Nous nous souvenions avec nostalgie du boulanger de Saint Méen (et de celui de Berck), du bûcheron du Frioul, du vigneron de Cabasse, du laitier de Waalwijk, de l'empereur d'Herentals, du colosse de Manheim, de l'Hercule de Varèse, du géant de Colombes, du boucher de Sens, du basque bondissant, du petit ramoneur et même du dernier des Flandriens. Mais vous avouerez que l'ex-vététiste d'Holbaek, ça manque un peu de glamour pour faire les gros titres. Surgis de notre mémoire sélective, le "blaireau", le "panda", le "griglio", le "biquet", "l'échassier", le "kangourou", le "bouledogue de Fougères", la "puce de Torrelavega" ou le "lion de Mugello" auraient pu nous faire pencher pour une comparaison animalière. Mais "l'élan des fjords" nous parut un peu approximatif, tant d'un point de vue zoologique que géographique. Que nous restait-il donc comme sources d'inspiration pour coller enfin une étiquette sur le pauvre Rasmussen, qui ne nous avait pourtant rien demandé? Un moyen de transport? Jamais nous n'égalerions "la locomotive de Forli" ou "l'express de Tachkent". Un trait de caractère ? Le "pieux", le "rusé", le "fou", le "placide", il "furbo" ou le "maladroit" étaient des suffixes déjà accolés à de glorieux ancêtres. Un fait d'arme ? "Le miraculé de l'Aubisque", "le pape de la Cipale", "le Machiavel du sprint" et "le roi du Vigorelli" (ou de Monthléry) en avaient dit long avant nous. Un poncif ? "Le cannibale", "le gitan", "le grand fusil", "il diablo" ou "le diable pédalant" étaient déjà tous inscrits au répertoire de nos classiques. Pourtant, nous n'avions pas renoncé à trouver un nom de scène digne de saluer la naissance de ce très beau champion qui pourrait bientôt rejoindre au panthéon des grimpeurs d'exception les José Manuel Fuente (El Tarangu), Jose Maria Jimenez (El Chaba), Lucho Herrera, Andy Hampsten, Imerio Massignan ou autres Félicien Vervaecke. Le chamois danois ? Le nordique sommital ? L'escaladeur venu du froid ? L'ascenseur orange ? Retrouvant l'usage de la parenthèse, nous avons finalement décidé d'arrêter notre choix sur un patronyme aussi guerrier que positif: le (vik)king de la montagne. Un titre de noblesse dont nous avons logiquement fait le titre de notre papier.
(Merci à www.velo-club.net qui nous a inspiré cet article avec son excellente rubrique "Les surnoms du peloton", visible sur www.velo-club.net/article.php?sid=4160).

01:17 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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