14/07/2005

Nous sommes tous des Kevin Hulsmans...

Courchevel - Briançon (11 ème étape). Pour le suiveur épris de justice sociale, le Tour est un monstre aussi sadique qu'inique. Il faut en effet bien du cynisme pour licencier ainsi sans préavis deux des plus honnêtes ouvriers de la maison. A Briançon, le vain sursaut de Vinokourov et Botero aura sans doute plus retenu l'attention de la caravane que l'exclusion de Jens Voigt et de Kevin Hulsmans, coupables d'avoir passé la ligne avec une poignée de secondes de retard sur le délai autorisé par la performance du Kazakh. Sacrifiés sur l'autel d'un règlement tatillon, les deux malheureux ont pu vérifier que la boulimie médiatique et la sévérité de façade du jury laissent peu de place aux considérations plus humanistes. On aurait en effet pu trouver bien des circonstances atténuantes à ces deux excommuniés de la dernière heure. Mais ils eurent beau plaider qu'ils avaient fait toute la descente du Galibier sous la pluie alors que le reste du peloton était passé entre les gouttes, rien n'y fît. On aurait pu envisager une remise de peine pour services rendus. Les défenseurs des faibles arguaient justement que Voigt avait joliment animé la course avec Moreau l'autre jour et porté le jaune en deux occasions sur le Tour. Quant à Hulsmans, qui s'était battu comme un beau diable pour ramener sa carcasse de flandrien sur la ligne, son sort était couru d'avance, puisqu'il cultive l'anonymat du porteur d'eau avec talent, mais résignation. Nous, nous n'avons pas peur de dire qu'en un jour comme celui-ci, nous avons plus de considération pour les crucifiés de l'arrière qui se font violence que pour les fantoches de l'avant qui se moquent de la course. Est-ce parce qu'on navigue un jour devant le camion-balai qu'on doit être renvoyé à la maison pour épousseter son étagère aux trophées ? Pour un Voigt et un Hulsmans châtiés, combien de Cipollini envolés par une porte dérobée? Combien de Kirsipuu se retirant sous sa tente dès que la route s'élève (11 participations, onze abandons !)?. Mais voilà, punir les battants et laisser les tricheurs repartir, les poches pleines de leurs primes de la première semaine, ne semble finalement déranger personne. Disons-le tout net: ce soir à Briançon, ce déni de justice nous laisse sans voix, même s'il nous donne envie de monter sur les barricades des révoltés pour hurler avec la majorité silencieuse du peloton: "Nous sommes tous des Kevin Hulsmans!"

18:18 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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