05/07/2005

Tom égérie

La Chataigneraie - Tours (3ème étape). Pour le suiveur qui délaisse parfois les grands tours pour les courses d'un jour, l'avenue de Grammont est un décor aux accents familiers. Habituellement habillée d'ocres et de jaunes, l'artère tourangelle vient immanquablement ponctuer le processionnaire ennui de Paris-Tours, la classique des feuilles mortes. Mais pour l'arrivée du Tour, le sunset boulevard des sprinters avait cette fois revêtu son costume d'estivant et sa double bordure arborée, cessant d'être inquiétante, semblait soudain sourire à un ciel lyophilisé d'azur. Ecrasée par le grand barnum du tour, le gigantisme de ce ruban d'asphalte de 2.900 mètres nous parût soudain rapetissé, à moins que ce ne fût une illusion d'optique, provoquée par quelque verre de Chinon de première catégorie, glâné dans la côte du même nom et classée, elle, en quatrième. Mais le sprinter qui sait qu'il va bientôt débouler à Tours n'a que peu de temps pour s'intéresser aux gouleyants crus d'Indre-et-Loire. Pour être sûr de ne pas vendanger pareille occasion de s'imposer sur ce terroir d'exception, les maîtres du grand braquet font macérer tout le peloton dans une lente et progressive accélération de leurs équipiers, qui a tôt fait d'étouffer les attaques de toute levure non-indigène. Cette fois, ce sont Dekker, Portal et Bertogliati, ferments offensifs de la première heure, qui sont ainsi cueillis bien mûrs, à 3 kilomètres de la cuverie, et sans le moindre sucre résiduel dans le bidon. Car la cruauté cycliste et l'efficacité de l'action entreprise veulent que jeu du chat et de la souris se prolonge le plus tard possible, la mise en bouteille étant retardée jusqu'à quelques rangs de vigne de l'arrivée. A quoi pensaient donc les purs sprinters de ce Tour et particulièrement le jeune Boonen, au moment de s'engager sur l'Avenue tant convoitée ? Si leurs yeux avaient pu se fermer en pareille circonstances, sans doute auraient-ils vu passer en rêve Guido Reybrouck (3 fois), Fred De Bruyne, Rik Van Looy, Gerben Karstens, Rik Van Linden (2 fois), Freddy Maertens, Johan Museeuw, Nicola Minali (2 fois), Jan Raas (2 fois), Sean Kelly ou Erik Zabel, qui tous émargent au panthéon des sprinters ayant sablé le champagne (c'est un comble!) de Paris-Tours. Tous les candidats à la victoire savent en tout cas que leur heure est peut-être venue car pour un André Darrigade (Tour 57 et 61), un Marino Basso (Tour 70) ou un Leon Van Bon (Tour 2000), il n'y a guère qu'un Thierry Marie (Tour 92) pour venir troubler la hiérarchie de la vitesse pure à Tours-les-Manivelles. Tom Boonen, lui, semblait ne pas s'abreuver de souvenirs à l'heure d'aborder la gloire promise au bout de la chaussée rectiligne. On sait que Tom est la nouvelle égérie du sprint international et qu'il aspire à poser durablement sa griffe sur l'histoire et les palmarès. Dans son style matou des Flandres, Tom laissera donc Robbie et Stuart s'expliquer entre hommes dans le trou de souris qui s'est refermé dans son inaccessible sillage. Les commissaires, en feront tout un fromage. Mais pour le maillot vert, habitué au miaulement des dérailleurs, ça ronronne...

18:58 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Droit de cuissard ?

Challans - Les Essarts (2ème étape). Le Tour est un concentré de monde féodal. Le suiveur conditionné participe à sa façon au long cortège des courtisans escortant le roi-soleil dans sa traversée de la France vélocipédique. Un mois durant, la caravane fait révérence au seigneur du peloton et adoube le champion qu'elle s'est choisi. Lance Armstrong, s'il n'a pas encore conquis le coeur des foules, sait parfaitement user de la préséance qui sied aux favoris pour imposer ses frasques de despote éclairé à la tourbe des manants de la pédale. Aujourd'hui c'est donc en jetant un oeil distrait sur la presse people que nous avons aperçu la Sheryl du champion s'installer dans une voiture suiveuse qui, pour une fois, précédait la course. On imagine pourtant mal la femme de Marc Wauters prendre triomphalement place aux côtés de Jean-Marie Leblanc et partager avec les journalistes sa recette du stoemp-saucisse. Alors, que faisait hier cette pop star sur les routes de France? Avait-elle l'intention de jouer un air de guitare texan pour atténuer le mal du pays de Lance? Voulait-elle jouer le rôle de la carotte pour motiver son âne de fiancé? Ou s'agissait-il simplement, comme l'ont écrit certains, de lui remettre la coupe d'aplomb en shampooigneuse soumise ? En bon communicateur, Lance avait sûrement fait le pari que les amis de sa miss deviendrait ses amis. En agissant ainsi, il ne faisait rien d'autre que d'exercer un ancestral droit de cuissard. Et pourquoi pas, après tout? Le texan sait retenir la leçon des ses victoires passées. L'an dernier, en échangeant l'adresse de son oncologue avec Ivan Basso, il avait transformé son dernier adversaire en ami admiratif. En partageant sa femme avec tous ses copains dans la caravane, il fait encore beaucoup mieux : offrir à tous les anonymes de la poignée de frein un peu du rêve américain. Pourtant, on ne nous enlèvera pas de l'idée que Crow, c'est Crow...

02:02 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La France vit d'amour et de Vœckler.

Challans - Les Essarts (2ème étape). Chaque année à pareille époque, le suiveur romantique assiste au spectacle étonnant de la France se cherchant un fiancé pour l'été. Dans le rôle du gendre idéal, le jeune Thomas Vockler avait déjà fait un malheur l'an passé en se ceignant généreusement le torse sur les podiums-étape. Un coup je suis en maillot jaune, un coup j'enfile la vareuse blanche du meilleur jeune, un coup je te tape dans l'œil des mémés en tunique bleu-blanc-rouge. Mais voilà que le chéri des monts et des vaux remet ça dès la première étape de l'édition 2005. Accompagné de trois faire-valoir compatissants (Canada, Calzati et Bodrogi, le Magyar du nord), le jeune premier de Bouygues Télécom s'offre un nouveau plébiscite de 145 km sur les routes vendéennes. Et même si la victoire n'est pas au bout de la ligne droite d'arrivée, on sent un frisson indéfinissable qui glisse sur l'échine cocardière de la foule quand Vœckler enfile virtuellement le maillot de meilleur grimpeur, après avoir ajusté Canada au sommet de la côte du Lac de la Vouvraie. En voilà un qui sait soigner sa cote de popularité. La pique-niqueuse en bikini le trouve plutôt mignon, le chasseur du bocage français se contente facilement d'un merle, faute de grives. Le commentateur sportif local est prompt à s'enflammer pour les classements annexes. Pour les alcooliques anonymes, ce gars là est du pain bénit. Car si le mois de juillet est par excellence la saison des apéros, l'impénitent buveur est toujours prêt à couper son pastis à Lœckler...

01:28 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Au sprint, les Essarts se resserrent.

Challans - Les Essarts (2ème étape). Tous les suiveurs vous le diront: le sprint est affaire de spécialistes. Dans quelques jours, quand les pourcentages s'élèveront, les différences se compteront en minutes bien sonnées. Mais en attendant les premières vraies déclivités, c'est pour l'instant à l'aulne d'un boyau, d'une roue ou d'une demi-longueur que se mesurent les réputations des rois de l'emballage final. Au petit jeu du coup de rein dans les quatre cents derniers mètres, les affamés de la banderole auront sûrement apprécié les fessiers de Boonen et leur étonnante faculté à faire admirer le dossard 131 à la meute lancée sur la jungle fumante de l'asphalte. Face au gratin du sprint mondial, le vélo d'écart qui sépare le dérailleur du belge de la roue avant de son premier adversaire apparaît comme un gouffre, une béance. Car pour un finisseur, 30 centimètres, c'est déjà tout un monde de différence...

00:53 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Beaucoup de Bouygues pour rien !

Challans - Les Essarts (2ème étape). Le suiveur attaché à un minimum de déontologie a vécu un weekend éprouvant. Passe encore que le Tour soit devenu une grosse machine commerciale sans âme. Passe encore que la plus grande course du monde soit ainsi livrée aux caprices des équipes de marque et aux exigences de sponsors en mal de return. Les organisateurs n'en sont plus à une compromission près... Mais en passant sur les terres de l'équipe Bouygues Télécom, les bornes (il y en avait 181) de la décence la plus élémentaire ont été largement dépassées. De Challans à Noirmoutier en passant par Les Essarts, la foule docile à repris en chœur la ritournelle de la presse, orchestrée par un plan marketing digne du lancement d'un yaourt bulgare. Au bord de la route, ce ne sont qu' "Allez, les Bouygues !" pavloviens, calculs de notoriété et encouragements suscités. Les coureurs-sandwich de Bernaudeau, pris dans ce gigantesque salmigondis publicitaire, traversent ce décor de pacotille comme de dociles images de marque roulantes et trébuchantes. Au manoir des Essarts, siège de l'équipe, 200 invités triés sur le volet ont vue imprenable sur le triomphe tactico-médiatique. Bernaudeau raconte comment il a toujours vendu la Vendée, Voeckler fait son (petit) grimpeur, Bénéteau attaque (ostensiblement) sur le tard, Pineau décroche (en consolation)un honorable accessit (8ème) et les journalistes sont tout heureux d'avoir du téléphone portable à moudre. Qu'importe, finalement, que Boonen l'impie ait fini par s'imposer sur cette terre sacrée. Dans le vacarme assourdissant de la course à l'audience, il suffit de faire un peu plus de Bouygues que les autres...

00:27 Écrit par lucien prudence | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |